Au festival America, dans la principale salle, l’auditorium. Deux grands débats, avec une belle affiche et de belles questions. D’abord à 15h30, présenté ainsi dans le programme :
L’Afrique, l’Amérique et nous, avec Ishmael Beah, Uzodinma Iweala, Dinaw Mengestu, Chimamanda Ngozi Adichie
» Longtemps, les seuls Africains arrivant en Amérique du Nord ont été des esclaves. Depuis la décolonisation, l’Afrique est confrontée à de nombreux maux : génocide, guerre civile, famine, révolution, dictature… Aujourd’hui, il faut absolument aider au développement et à la stabilité de ce continent. Depuis quelques années, les littératures occidentales et notamment américaines résonnent de voix africaines qui sont essentielles pour l’avenir. »
On ne s’ennuie pas, même si ça ronronne un peu. Il y a quand même cette belle question, adressée à chaque participants, nés en Ethipie, au Nigeria, ou au Sierra Leone : » A défaut des Etats-Unis, quel serait pour vous écrivains, le modèle du pays de demain ? «
Puis à 17h00, la question raciale…America nous propose ainsi :
USA : Black is Beautiful. La question raciale existe-t-elle encore ? avec Percival Everett, Eddy Harris, Colson Whitehead, John Edgar Wideman
» 2008 voit le premier candidat noir investi par le parti démocrate ou peut-être tout simplement le premier président noir des Etats-Unis. Mais le destin de Barack Obama ne saurait masquer le fait qu’une large partie de la communauté noire est toujours exclue du rêve américain. Quarante ans après Martin Luther King et Malcolm X, peut-on aujourd’hui dialoguer, comme le souhaite Obama, sur la question raciale ? Des écrivains tentent d’y répondre à travers leurs œuvres. »

Quatre écrivains, deux interprètes, une journaliste-animatrice. La question-titre est pourtant claire. Mais le débat tourne à l’aigre. Les invités ne veulent pas être enfermés dans la question raciale. Ils sont d’abord écrivains. C’est vrai que ceux qui ne les auraient pas lu ne sauront pas grand chose de leur livres. Il y a des débats comme ça qui n’arrivent pas à décoller. Harris a bien essayé de dire qu’habituellement il était le plus drôle. Wideman de dire – en français – qu’il était » beau « . » Black is beautiful « , n’est-ce pas ?
Un moment, Whitehead confesse qu’avant de publier il était très admiratif de Wideman, mais que jamais il n’aurait imaginé être sur le même plateau que lui.
On aurait bien aimé que l’échange s’installe, entre l’ancien et le benjamin. Non, rien. Rien de rien.

Arrivent les questions du public. D’abord une intervention plutôt qu’une question, pour dire une admiration pour L’effacement de Percival Everett… Une autre intervenante a détaillé combien une émission littéraire récente renvoyait un écrivain américain blanc à sa condition de citoyen, au contraire d’un écrivain noir, renvoyé à sa condition de Noir.
Bref, on a tourné en rond. C’est d’autant plus dommage que les livres, eux, valent le coup.

Et puis cette question, absolument légitime, une femme dans le public : » Comment les Américains ont-il réagi à la décision de la cour d’appel fédérale américaine d’annuler la condamnation à mort de Mumia Abu-Jamal ? « . Stupeur, les écrivains sur scène, les traducteurs demandent de préciser qui étaient Abu-Jamal… La femme-dans-le-public repose sa question en expliquant qui était Abu-Jamal, un journaliste et militant afro-américain, condamné en 1982 à la peine de mort pour le meutre d’un policier à Philadelphie.

John Edgar Wideman explique qu’il est du même Etat qu’Abu-Jamal. Les autres invités ne disent rien, comme s’ils ne connaissaient pas celui qui est devenu le symbole des rapports entre la police, la justice et les Noirs américains.
On ne saura pas comment les Américains ont réagi à la décision de la cour d’appel fédérale américaine d’annuler la condamnation à mort de Mumia Abu-Jamal, pour vice de procédure, mais de maintenir sa culpabilité dans le meutre.
Ça tourne vraiment en rond. Je prends la tangente.
