Chroniques algériennes (3)

Benni Yenni, petite cité perchée de Grand Kabylie, est connue pour ses bijoux. Dans la rue principale, il y a plusieurs dizaines d’artisans. Ils étaient un demi-millier dans les années 70. Tous ici se plaignent du coût de la matière première, l’argent et le corail.

Le quotidien francophone, El Watan, titre sur la sécurité et les effectifs qui quadrillent la région à l’occasion de la fête du bijou annuelle :  » Au pont de Takhoukht, à une dizaine de kilomètres de Beni Yenni, les forces de sécurité ont redoublé leur présence au barrage fixe installé sur les lieux, surtout lors du passage du cortège de la délégation officielle dirigée par le wali de Tizi Ouzou. Tous les axes routiers desservant la commune étaient sous le contrôle des soldats de l’ANP qui veillaient au grain afin d’assurer la quiétude des visiteurs.  »

Faire du tourisme en Algérie, une gageure ? Au Maghreb, Maroc et Tunisie ont la cote, pas l’Algérie. Qu’est-ce-que cela signifie faire du tourisme en Algérie ? Visiter des lieux historiques, les ruines de l’époque romaine ? Profiter des plages propres non taxées ? Acheter des bijoux à Benni Yenni ? Rencontrer des Algériens chez eux, ceux dont la vie quotidienne est rythmée par les controverses sur le prix de la pomme de terre, multiplié par dix il y a quelques semaines à 100 dinars (1 euro) le kilo et repassé sous la barre des 20 dinars aujourjourd’hui ?

Partout les uns et les autres n’ont de cesse que de parler, parler, parler, de tout et de rien, de la corruption et du pouvoir, de la chaleur l’été, de la neige l’hiver qui rend encore plus belle la Kabylie, des barrages fixes de la gendarmerie, d’une espèce de désespérance permanente, du manque de visas, de la cherté de la vie, etc.

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En repartant de Benni Yenni, de ses 900 mètres d’altitude et de son corail paradoxal, on double des cyclistes, comme un défi à cette nature de haute teneur. Température élevée. Cyclistes sportifs ou cyclistes touristes ?

Les éditions Yago, encore elles (voir billet du 5/07), nous proposent un très revigorant Manuel de l’antitourisme, qui vient à point. Rodolphe Christin, sociologue, anthropologue et donc voyageur n’élude pas sa condition contradictoire de découvreur du monde. Il dresse un réquisitoire contre le tourisme consommation  :  » L’un des paradoxes du tourisme d’aujourd’hui est de tuer ce dont il vit, en véritable parasite mondophage. Celui-ci préfère le divertissement à la diversité ; le premier est en effet plus confortable car il ne remet rien en cause (…) Nos sociétés de travail et de loisir produisent le tourisme dont elles ont besoin pour bénéficier d’un peu d’air. Or plus cet air est consommé, plus il est pollué. « 

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