Amour, l’intime tragique haïtien

Après sa création à Evry à l’automne dernier, la pièce Amour a mûri et c’est tant mieux. Une belle réussite ! On l’avait vu en brouillon, aux prises avec les approximations de l’impréparation. On retrouve la pièce ayiti-gwada-ch’ti pour trois semaines au Tarmac de la Villette.

D’Haïti viennent l’auteur (Marie Chauvet) et la comédienne (Magali Comeau Denis), de Guadeloupe l’adaptateur (José Pliya), de Lille le metteur en scène (Vincent Goethals). Un trio de pays pour une trilogie Amour, Colère, Folie, roman maudit de la littérature haïtienne. Amour est la première adaptation théâtrale, Colère suivra en 2009, Folie en 2010.

La romancière haïtienne Marie Vieux Chauvet l’a écrit en pleine période duvaliériste de son écriture classique mais brûlante de subversion. Ce roman est né à Paris, chez Gallimard, sous la haut patronnage de Simone de Beauvoir. Il a été interdit par la propre famille de l’auteur par crainte de represailles. Il devint roman culte, circulant en clando pour l’éveil d’une jeunesse à la politique et à la résistance intellectuelle. Il n’a été réédité qu’il y a trois ans par un homme courageux, Roger Tavernier des éditions Emina Soley.

Avec Pierre Astier comme agent littéraire, il est aujourd’hui traduit en quatre langues : anglais, allemand, serbo-croate et italien, dernier pays où les ventes sont meilleures qu’en France : 15 000 exemplaires ! Il sort aux Etats-Unis prochainement.

Amour raconte en monologue les tourments d’une vieille fille de la bourgeoisie de la province haïtienne, aînée de trois soeurs. Claire est noire, ses soeurs blanches. Les affres de Claire sont finement interprétées par Magali Comeau Denis dans de multiples registres, de l’amer à l’acide, du cynique à la manipulation, de la résignation à la révolte politique…

Dans l’épais roman, José Pliya a choisi de développer le registre intime du personnage de Claire, au détriment des aspects politiques. Pourtant la fin de la pièce occupe une place de choix dans un geste insurrectionnel de toute beauté, qui fait basculer la pièce dans le politique…

Nul doute que cette adaptation fera renaître la langue de Marie Chauvet. Elle incitera ceux qui n’ont pas encore lu le roman et son intégrale à s’y précipiter plein d’appétit, emportés par la musique de la tragédie haïtienne, version grand classique méconnu.

Un commentaire

  1. Avatar de Inconnu

    Au rythme de confessions décomplexées, cette pièce, hautement politique, nous empoigne par les tripes jusqu’à la fin. On plonge avec Claire, vierge démoniaque, dans son aliénation mentale, dans sa perversion diabolique, entre pudeur et exhibition, mais toujours sans tabous. Tout à la fois, subversive, violente et drôle, cette pièce est une parabole du peuple Haïtien, un appel à la révolte, un hommage (tardif!) à son auteure Marie Vieux Chauvet. Quant à la comédienne Magali Comeau Debis, trop belle et si inquiétante, elle est tour à tour émouvante, pathétique, drôle et déchirante de lucidité. Un talent magistral pour une comédienne qui porte elle seule une telle œuvre sur scène.

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