Tête-à-tête

Pour la première fois un musée français a décidé de restituer une tête tatouée d’un guerrier maori à la Nouvelle-Zélande. La cérémonie s’est déroulée au muséum de Rouen à la mi-journée. D’autres musées européens ou américains ont déjà fait ce geste, en réponse à une demande néo-zélandaise. 

La tête sera physiquement restituée en novembre… à moins que le tribunal administratif s’y oppose.

Madame Christine Albanel - mai 2007La ministre de la culture française, Christine Albanel, estime que les collections du muséum de Rouen sont  » protégées par un régime juridique particulier, destiné à garantir l’intégrité du patrimoine de la Nation qui est en principe inaliénable  » et une restitution de pièce doit donc être soumise à  » l’avis d’une commission scientifique, dont le rôle est de vérifier qu’il n’est pas porté une atteinte injustifiée au patrimoine national « .  

Le maire, Pierre Albertini (ex-UDF) rétorque que la tête de guerrier n’est pas juridiquement une  » pièce de collection « , mais fait partie  » de restes humains qui répondent à la loi de bioéthique et ne font donc pas l’objet d’un droit patrimonial quelconque « .  

Cette restitution en rappelle une autre…

Le 29 avril 2002, a eu lieu, dans les locaux de l’ambassade d’Afrique du Sud en France, une cérémonie de restitution des restes de la dépouille de Saartjie Baartman, surnommée la Vénus hottentote.Le communiqué conjoint du ministère français des Affaires étrangères, du ministère français de la recherche et de l’ambassade d’Afrique du Sud annonçait l’événement en ces termes :  » Par la loi du 6 mars 2002, la France a décidé de remettre à la République d’Afrique du Sud la dépouille de Saartjie Baartman, décédée à Paris en décembre 1815 et dont les restes ont été conservés jusqu’à ce jour au Muséum national d’histoire naturelle (…) Cette restitution témoigne de la volonté de la France et de la République d’Afrique du Sud de rendre sa dignité à Saartjie Baartman et de faire en sorte que sa dépouille puisse reposer en paix en Afrique du Sud… (l’inhumation eu lieu le 9 août en présence du président Thabo Mbeki près du petit village de Hankey dans l’Eastern Cape).

On voit mal comment aujourd’hui les têtes de guerriers maoris encore présentes dans les musées français ne retourneraient pas dans leur pays d’origine. Ces têtes ont été l’objet de trafic au XIXe siècle. Symboles de la toute puissance d’un chef, elles étaient décapitées, puis naturalisées (momifiées). Rapportées comme trophées par des Européens, elles ont ensuite été l’objet d’un trafic odieux. Certains esclaves ont même été tatoués puis décapités. Leurs têtes ont alimentées ce trafic…

A noter que la dépouille de Saartjie Baartman, était dans les réserves du Musée de l’Homme. Un musée décidément voué à la beauté paradoxale du monde…  

Aujourd’hui dans ce musée de l’Homme, une exposition d’autres têtes prend des allures d’immense carnet de voyage. Titouan Lamazou, le navigateur-dessinateur y expose le fruit de six années de quête de la femme à travers le monde. Ces visages sont magnifiques, dessinés, photographiés, cadrés, retouchés pour le cadre, infographiés. Zoé Zoé, Femmes du monde, a pour exergue cette parole de Victor Segalen :  » Ne nous flattons pas d’assimiler les moeurs, les races, les nations, les autres ; mais au contraire, réjouissons-nous de ne le pouvoir jamais, nous réservant ainsi la perdurabilité du plaisir de sentir le divers. « 

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