La styliste Agnès B. a invité Edouard Glissant à une soirée de « chaos-opéra », une manière de lancer avec la nouvelle année l’Institut du Tout-Monde, ambition des arts protéiformes (littérature, théâtre, arts visuels). Objectif : inciter à une insurrection des imaginaires.
A l’entrée de ses bureaux, rue Dieu à Paris, Agnès B., styliste renommée pour ses engagements dans l’art contemporain, accueille ses invités le long d’un déambulatoire immense, aux murs recouverts des toiles d’un jeune peintre de dripping, Jen-Chri (Jean-Christophe) Bisson. Le dripping c’est cette manière qu’avait Jackson Pollock de jeter sur la toile des giclées de couleurs, comme ce CR 33 (Overall Composition peinte vers 1934-1938).
Une impression de jungle vive, qui convient bien à l’amateur d’art qu’est Edouard Glissant, préfacier de Lam ou Matta, dont l’un des tableaux préférés est La Jungle de Wifredo Lam, peintre cubain cubiste aux talents surréalistes. 
Glissant a le talent de nous faire percevoir le chaos du monde dans sa beauté. Belle gageure que seuls osent les vrais poètes. Quelque deux cents personnes ont ainsi assisté à la lecture par Glissant de ses poèmes, assis à 78 ans au milieu de la scène, vêtu d’une chemise blanche et d’un gilet noir, accompagné par Bernard Lubat, qui se définit comme « artiste-œuvrier-tôlier », et ses chanteurs et musiciens : Bernard Lubat
, Beñat Achiary, 
Fawzi Berger, Nathalie-Dalilà Boitaud, Isabelle Loubère, Fabrice Vieira. C’était tout à fait réussi cet enchevêtrement de poèmes, vocalises, musiques, lectures à plusieurs voix, enchevêtrement qui donne une image sonore de la beauté du chaos.
Juste avant, nous avons pu écouter en français et en arabe, Abdelawahab Meddeb; et en français et en islandais Thor Vilhjalmsson.

Les applaudissements nourris et enthousiastes en fin de ce spectacle de chaos-opéra témoignent de la justesse du propos: l’avenir de la poésie est opératique.
