La semaine a commencé avec un prix Renaudot pour le netwriter number one, Alain Mabanckou, blogman en chef de la Toile littéraire, quadra très vert, illustre successeur en lettres africaines de Kourouma (Renaudot 2000 pour Allah n’est pas obligé) et Ouologuem (Renaudot 1968 pour Le Devoir de violence). Même fracas décomplexé des académies chez Mabanckou et Kourouma, malédiction persistante pour le talentueux Yambo…
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Tous trois sont des écrivains du Seuil, l’éditeur, et du seuil du XXIe siècle. Chez Mabanckou, sans doute la fluidité oralisée de Mémoires de porc-épic a-t-elle séduit le jury présidé par un Le Clézio dont la voix a compté double. Mémoire…roman du double où un mammifère à piquants se confie à un baobab silencieux, heureusement silencieux. Mabanckou qui aurait pu l’avoir ce prix avec Verre cassé en 2005 et qui l’a finalement emporté en cette année très ouverte aux influences extérieures.
Première réaction de l’intéressé lui-même aux micros tendus chez Drouant, restaurant où se réunissaient les deux jurys du Goncourt et du Renaudot: « C’est formidable pour la littérature, c’est la seule grande réaction qu’on puisse avoir… le Fémina est allé à une Canadienne, le Goncourt à un Américain, le Renaudot à un Congolois… joli lapsus que l’on n’a pas relevé sur le coup mais qui parachève une identité emblématique. [http://www.rfo.fr/article157.html]
Mabanckou a traversé cette année de la Francophonie en conquérant fraternel, toujours à dire un mot sympa sur ces confrères écrivains. Remarqué au salon du livre de Paris en mars, qui lançait le Festival francophone en France, il a fait sa rentrée littéraire et son métier en écumant les provinces françaises, de salons en discothèques, discothèques racistes pour certaines, ainsi à Nancy comme il l’a raconté sur son blog…
Congolois, Mabanckou? pourquoi-pas… Après tout, l’auteur des Petits-fils nègres de Vercingétorix a su réconcilié langue française et oralité africaine. Elles n’étaient pas fâchées ces deux-là mais l’édition française semble avoir besoin de temps en temps de ces écrivains géographiquement périphériques. Mabanckou va plus loin, rendant jaloux certains de nos écrivailleurs nationo-franchouillards. Il est bien à Paris mais Paris lui est petit. Lui était petit plutôt. Mardi, il reprendra son cours à l’Université de Californie de Los Angeles (UCLA). En le lisant et l’élisant, un grand jury a déplacé la périphérie au centre des Lettres. En l’élisant de son côté, une université américaine prestigieuse et audacieuse dans ses études francophones lui donne la dimension d’un écrivain-monde. On en reparlera.
Mardi c’est aussi le début des Belles étrangères qui invitent, de Paris à Ajaccio, les écrivains de Nouvelle-Zélande.
La semaine a commencé avec le triomphe des Lettres périphériques. La prochaine débutera avec les Lettres antipodes. C’est tout le Pacifique et ses archipels immenses qui font des vagues…
