
Le livre de la semaine :
Mon frère de Jamaica Kincaid, éditions de L’Olivier
L’histoire :
Jamaica Kincaid raconte la disparition de son frère, mort du sida à l’âge de trente-trois ans, à Antigua, une petite île des Antilles. Avec délicatesse, avec précision, parfois avec une brutalité inouïe, elle décrit ce qu’elle voit, ce qu’elle ressent. Elle s’efforce de comprendre pourquoi cet événement l’oblige à repenser toute sa vie, et avec elle celle de sa famille.
Extrait (pages 131-132):
« Ce que je ressentis quand cela arriva, au moment exact où mes livres furent détruis par le feu, ce que je ressentis après que cela arriva, la destruction de mes livres par le feu, immédiatement après que cela était arrivé, peu après que cela était arrivé, je ne le sais pas, je ne me le rappelle pas. En fait, je ne me rappelais même pas que cela était arrivé, cela n’avait pas de place dans les nombreux événements horribles que je pouvais réciter à des amis, ou les nombreux événements horribles qui ont façonné et fait naître et vivre la chose que j’allais devenir, un écrivain. »
Critique :
Après Autobiographie de ma mère, Jamaica Kincaid, née à Antigua, poursuit l’exploration de ses relations à sa mère et à sa famille. La maladie (le sida) est l’occasion de retisser les liens qui unissent malgré eux les membres d’une même famille : mère dominante, homosexualité supposée d’un frère, promiscuité dans une île des Antilles anglophones.
Jamaïca Kincaid, qui vit aux Etats-Unis, développe une écriture de la répétition, du ressassement comme empreinte des cicatrices familiales, violences contenues ou non. C’est Proust né aux Antilles. L’auteur est servi par un gros travail de traduction française. Les quelques expressions en créole d’Antigua sont traduites en créole guadeloupéen francisé par Marie-Claude Mapaula.
