Méchantement

Nancy_chapiteau_livre_sur_la_place "Rendez-vous incontournable de la rentrée littéraire", annonçait le Centre national du livre au sujet des journées littéraires de Nancy, Le livre sur la place, reprenant un cliché dont les Lettres sont aussi coutumières, il n’y a pas de raison…

Papalagui y rencontra (cf. la note du 5 septembre sur ce cybercarnet "Le passé simple c’est élégant") un écrivain qui connaît sa juste place dans le monde des lettres, c’est-à-dire au coeur, Pierre Pelot. Pierre_pelot_1 Son dernier livre, le centième? ou plus? L’Ombre des voyageuses, publié par les Editions Héloïse d’Ormesson, est un roman d’aventures et historique et féminin. Son incipit cisèle sans fard de la belle ouvrage : "Ils m’ont appelé la Rouge Bête. Ce n’était pas méchantement."

Quel enchantement ce "méchantement" ci-devant qui fleure bon le XVIIIe siècle et une langue que le sieur Pelot dit à Papalagui avoir eu du plaisir à "retrouver". Rien que dans la première page du roman (qui en compte nonobstant 550), le lecteur a droit "au craion pâli" et "sur un galuchat roussâtre". Ces perles dénichées dans un Supplément au dictionnaire de l’Académie, sont les signes avant-coureurs d’une langue classique qui ne se contente pas des formes postillonnées du classique (phrases, points, dialogues, etc.) et nous plonge dans un monde oublié, jouissant d’une grande retrouvaille du sens et des sens…

Lombre_des_voyageuses_pelot L’Ombre des voyageuses dresse le portrait d’une flibustière ("la Rouge"), entre Vosges et Amérique. Sur sa route : roulier de nègres et libération d’esclaves…

Dans une belle rencontre à l’Opéra de Nancy (pourquoi pas l’Opéra?), avec Benoîte Groult, Jean-Marie Pelt et Abdelkader Djemaï, Pierre Pelot dira au public qu’il n’est bon qu’écrivant, c’est-à-dire sachant que seule l’écriture lui convient. Confession au lyrisme pudique. Connaissant les curiosités de Papalagui, Pierre Pelot, évoquera cette invite à la méditation des indiens Cris du Canada : "Toute histoire est faite pour être racontée. Mais que deviennent les histoires qui ne trouvent personne pour être racontées?"

Papalagui se souvient de cette rencontre avec l’auteur amérindien Michel Noël, auteur de ce conte, Le Capteur de rêves (HMH éditions), cadeau d’une araignée à deux sages-femmes, conteuses par ailleurs, un ailleurs qui ne demande qu’à se faire capturer.

Et l’envie de voir ou revoir le film de Lawrence Kasdan adapté du roman de Stephen King, Dreamcatcher (L’Attrape-rêves), anneau portant une toile tissée qui filtre les bons rêves et laisse au-dehors les cauchemars.

Pelot_mchamment_dimanche Bonne nuit.

Luc Lang et ses jumeaux

Paul_holloway_three_graces_from_albert_d A Liverpool ce jour-là, l’eau est poisseuse et mazoutée. A Trafalgar Dock est attendue une cargaison d’objets d’art destinés à l’exposition "Un siècle d’africanisme".

(photos Paul Holloway)

Des caisses s’écrasent sur le quai, dispersant des masques et des statuettes dans l’eau poisseuse et mazoutée.

Luc_lang_la_fin_des_paysages_stock_1 C’est le début d’un roman qui n’est pas que policier, d’une histoire complexe ou Luc Lang raconte La fin des paysages (Stock). Ce joli titre faussement bucolique évoque les toiles de la Walker Art Galery, la fin de ces paysages-là, ceux d’une certaine campagne anglaise, ou la fin des paysages africains ou encore "la fin des pays" à l’ère de la mondialisation.Paul_holloway_walker_art_gallery Luc Lang avait été remarqué pour Mille six cents ventres, Prix Goncourt des lycéens en 1998), Les Indiens (2001) et 11 septembre, mon amour (2003).

Luc Lang place les arts d’Afrique au coeur de son livre, leur vol, leur trafic, leur commerce mais aussi le rapport enthousiaste ou trouble que l’on peut avoir pour ces objets, véritables trophées d’âmes…

Pour mieux attraper son lecteur Luc Lang dissimule au coeur de son roman "un champ de forces" où les personnages, souvent sont jumeaux (Abel, le directeur du musée a pour jumeau un Jason brillant et utopiste, chacun a épousé une soeur jumelle). Dans ces gémellités redoublées, l’auteur tisse un savant réseau de contraintes, d’ambivalences, de fascinations pour l’Autre, sa culture et son destin.

Lui-même est père de jumeaux… Mais son livre n’est pas le jumeau d’un certain Liverpool marée haute, qu’il avait publié en 1991 par Gallimard. Dans Livres Hebdo de ce 15 septembre, Luc Lang clame: "Pour moi, la réécriture est une vraie question littéraire."

Dans La fin des paysages, son écriture électrique trame un livre incandescent de près de cinq cents pages où les points de suspension semblent constituer le seul viatique pour surnager dans ce Liverpool pluvieux, où déambulent des ombres imbibées d’alcool. C’est un flux où le lecteur navigue entre descriptions, perdition et bonheurs de lecture.

Extrait (p. 150-151):

"Abel sent l’humidité lui ronger le creux des reins, retourne à son cabinet… il a un ton las que je ne lui connais guère, je pense à ses explications savantes de l’autre nuit, qu’il tait habituellement devant les oeuvres de la Walker… vide son dernier verre, fourre la cravate dans sa poche, époussette son pantalon, range les bobines dans une enveloppe papier kraft qu’il coince sous son bras, saisit le projecteur de l’autre main, je récupère l’électrophone et le feu électrique, glisse le disque dans sa pochette… on se dirige vers le monte-charge, son regard erre sur les réserves, morne et indécis… c’est une Afrique du passé que nous allons exposée, exotique à souhait… masquer la misère du présent… il faudrait s’abstenir sans doute… lui rétorque qu’il en est ainsi de toutes les expositions, qu’elles offrent l’accès à une mémoire, qu’on enrichit notre présent d’une nouvelle expérience du passé… ne suis pas convaincu d’endiguer son marasme alcoolisé… j’ai le sentiment que tout ceci m’échappe, avec mon feu de camp et mes polyphonies pygmées… un fou rire soudain l’emporte," etc.

Lang_note_pour_une_potique_du_roman A noter, un texte de théorie littéraire de Luc Lang, Note pour une poétique du roman, sur le site de la revue en ligne Inventaire/Invention.

Revue de presse

Donc Papalagui apprenait hier que quatre figures de Libération allaient quitter le quotidien.

Aujourd’hui, "les élus de la Société des rédacteurs de Libération et la de la société civile des personnels de Libération" se démarquent de cette annonce fracassante. Ils reprennent la main dans un communiqué: "Aujourd’hui, la une de Libération, consacrée aux incohérences de Nicolas Sarkozy, ne nous a pas été dictée par Edouard de Rothschild, principal actionnaire du journal. Il ne nous a pas non plus demandé de rendre compte du festival de salsa à Dax, ni de consacrer notre portrait du jour à l’écrivain libanais Elias Khoury. Ces sujets, comme les autres, nos actionnaires les découvrent aujourd’hui, tout comme vous."

Elias_khoury_la_porte_du_soleil Elias Khoury, écrivain libanais, auteur de La Porte du soleil… dont le verdict tombe en fin de portrait -signé Christophe Boltanski-: "Notre génération n’a vécu que des échecs. Mais il faut continuer, parce que tous ces échecs portent en germe quelque chose."

Autre écrivain, une écrivaine, Alice Ferney, dans sa page commandée pour la Alice_fernet_dans_la_guerre_1 rubrique "Mon journal de la semaine", s’interroge: "Michel Foucault racontait volontiers à la fin de sa vie comment il s’était longtemps méfié de l’écriture: écrire, est-ce que ça n’était pas du vent? Il m’arrive d’éprouver ce sentiment (…) Certains jours, je me demande de quoi devraient parler les livres. A quels objets devrait s’intéresser un écrivain pour être pertinent, appartenir à son époque, en saisir le mouvement…"

Revue de presse

1. Le quotidien Libération ne fait plus que 32 pages.

Florence_aubenas 2. Quatre journalistes emblématiques de Libération (nommons-le deux fois, c’est plus sûr) quittent le journal en désaccord avec la prise de contrôle majoritaire par Edouard de Rothschild : Florence Aubenas, Antoine De Baecque, Jean Hatzfeld, Dominique Simonnot.

3. L’écrivain Javier Cercas déclare dans Télérama n° 2959 : "Ecrire ne sert à rien, mais c’est peut-être la seule façon de trouver une illusion aux choses de la vie."

4. Le même hebdomadaire, Télérama, (deux nominations lui aussi) diffuse sous cellophane, à raison donc de 250 000 exemplaires, une nouvelle inédite d’Eric Chevillard, Au spectacle de 22 pages, avec en 4e de couverture, une publicité pour le TGV.

Eric_chevillard_au_spectacle_3Papalagui lit p.24 des lignes à l’humour très retenu: "Nul événement contingent ne saurait me distraire de ce spectacle fascinant. Moi, quand je suis dans le trouble de l’art, rien d’autre ne me touche ni ne m’atteint. Il pourrait pleuvoir des panthères ou des enclumes. Quand je suis dans le songe de l’art, le réel est une petite chose dure et sècle reléguée dans un coin du décor, qui s’empoussière."

4 bis. Malgré sa brièveté, la nouvelle d’Eric Chevillard (nommons le deux fois, c’est mérité) est préfacée par un autre écrivain, François Bégaudeau, qui lui-même écrit : "L’humour est au coeur du projet, comme ce qui rend impossible d’écrire malgré le ridicule d’écrire."

5. A Thalassa, émission de télévision bien connue, une jeune femme rapanui, résidente de l’île de Pâques, affirme sans ambages : "Je sens que ma culture va disparaître".

Schwarz-Bart avec un trait d’union

Dans l’arrière-été d’un soir de France-Italie, à Paris-La Villette, là où ça jazze pas mal, un concert unique de Jacques Schwarz-Bart, alias "Brother Jacques" (il vit à New-York).

Saxophoniste, compositeur, arrangeur, bref musicien, "très technique" estiment les spécialistes, trop prudent, appliqué, un rien contraint dans ce souci de bien faire, jugent les experts. Une presse dithyrambique (Figaro, Monde, Libé, Télérama).

Brother Jacques est né il y a 44 ans aux Abymes en Guadeloupe, de André Schwartz-Bart, d’origine juive polonaise, ajusteur de métier, résistant, lauréat du prix Goncourt en 1959 pour Le Dernier des Justes (voir l’INA et l’entretien avec Pierre Dumayet en 1959) et de Simone Schwarz-Bart, auteur de Pluie et vent sur Thélumée-Miracle et de la très belle pièce de théâtre, Mon beau capitaine, interprétée récemment et magnifiquement par Rudy Sylaire.

Brother Jacques est un train d’union entre les deux Amériques, caribéenne et états-unienne.

Un train d’union entre le gwo ka, musique traditionnelle de percussion guadeloupéenne, et le jazz qu’il a appris à New-York. Gwo ka, créolisation de "gros quart", barrique pour transporter les salaisons depuis la métropole, et à partir desquelles les percussions étaient façonnées.

Un train d’union entre les cultures, juive et nègre, comme le roman écrit par ses parents en 1967, Un plat de porc aux bananes vertes.

Pour Jacques Schwarz-Bart "le thème commun entre l’histoire juive et l’histoire noire contemporaine, c’est l’esclavage. Le peuple hébreu se définissait comme un peuple sorti de l’esclavage en Egypte pour adpater une foi monothéiste. L’esclavage est de toute évidence au centre de l’identité créole d’aujourd’hui. Il y a un passé, une aspiration à la liberté, une volonté de casser toutes les chaînes."

Schwarz-Bart s’écrit avec un trait d’union

Il se revendique de Sonny Rollins (76 ans le jour même du concertde Brother Jacques) et, côté écrit, de Carlos Castaneda, auteur de L’herbe du diable et la petite fumée, Une voie yaqui de la connaissance (Christian Bourgois, 10/18), livre-culte de la culture underground californienne des années 70, témoin de la fascination pour les vieilles sociétés indiennes. 

Trait d’union, vous dis-je.

Ananda Devi, Rimbaud et Baudelaire

Ananda Devi. Prix des Cinq continents de la francophonie 2006.Ananda_devi Les dictionnaires devraient lui faire la place qu’elle mérite… comme à Alain Mabanckou, membre du jury et précédent lauréat qui nous l’apprend sur son blog: Ananda Devi est Prix des Cinq continents de la francophonie 2006.

Née à l’île Maurice, Ananda Devi, à la gracilité à peine soutenue d’un sari soyeux, est l’auteur iconoclaste et encore trop peu connu d’une oeuvre marquée par une violence intérieure radicale, insulaire et carcérale. Jusqu’à l’an dernier, une des valeurs sures de la collection "Continents noirs" de chez Gallimard, premier auteur à quitter cette collection, en janvier 2006, pour la "Blanche" qui publie ce roman bref, Eve de ses décombres, à l’atmosphère poisseuse, économe de dialogues, à quatre narrateurs paumés, dont la seule certitude est de ne pas survivre les uns sans les autres.

Anande_devi_eve_de_ses_dcombres "On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans", le mot de Rimbaud traverse le roman. Mais quand le poète dresse des éloges aux voleurs de feu, Ananda Devi redonne des mots aux sans-voix: "C’est l’endroit qui nous a fait ainsi ou le contraire? se demande Sad, p. 108, celui qui écrit du "sous-Rimbaud". "Dix-sept ans et tu ne rêves de rien. Sauf de continuer à marcher ainsi à côté de toi-même, fuyant tes reflets."

On est assez loin des Fleurs du mal, quand Baudelaire écrivait "A une dame créole": "Au pays parfumé que le soleil caresse…"

Ils sont quatre anti-héros, issus comme les immeubles "de la mouillure des cyclones", Eve, Clélio, Sad, Savita, 17 ans, habitants d’un quartier de Port-Louis, la capitale de l’île Maurice, qui répond au nom prédestiné de Troumaron: "On nous appelle bann Troumaron, comme s’il s’agissait d’une nouvelle communauté dans cette île qui en a déjà tellement."

Il y a Eve, clé de voûte de cette jeunesse fracassée: "Mon corps est une escale (…) J’ai dix-sept ans et je m’en fous. J’achète mon avenir." Eve, "un bateau en papier qui fait eau de toutes parts", dont Sad loue "la facilité qu’elle a à se dédommager avec son corps."Moi_linterdite Il y a Clélio: "Je suis Clélio, un sale besogneux. L’avaleur des clous rouillés des autres. Que voulez-vous? On ne se refait pas." Son grand frère Carlo est parti en France, il y a dix ans. "C’était mon héros".

Il y a Sad (Sadiq), philosophe: "Tout le monde sait que la pauvreté est le plus féroce des geôliers." Sad qui recopie des phrases sur le mur du palier de la cité: "Voilà le mouchoir de dégoût qu’on m’a enfoncé dans la bouche." Sad qui veut deux choses: l’écriture et Eve. "Je le sais, je ne suis qu’une contrefaçon. Mais une goutte bleue est entrée en moi. Je la transforme en encre de gamin noir déchirant les murs. Cette histoire que vous lisez sur mes murs, ses mots ne partiront que quand les immeubles poussés de la mouillure des cyclones auront disparu." Sad, encore, p. 108: "Eve, je te sortirai de tes décombres."

Soupir_a_devi Il y a Savita, qui appelle Eve: "l’inflexible", qui lui répond: "Ma Savita adorée, non seulement je ramasserai tes morceaux, mais je les mangerai, comme ça tu seras toujours en moi."

"Notre cité est notre royaume. Notre cité dans la cité, notre ville dans la ville. Eve de ses décombres, "c’est une histoire fragmentaire et boiteuse, faite d’amertume et de colère, mais c’est la seule que je connaisse. La vie des gens comme moi, si simples qu’ils se brisent avant de s’être construits, si incertains qu’ils s’effacent avant d’avoir touché aux choses.Leurs espoirs se dispersent au matin comme la poussière à leurs pieds. Leur mort n’aspire pas à la sève des étoiles et n’évoquera jamais que l’espcae nu d’une tombe. C’est pour cela que leurs barrières commencent dès leur regard."

Eve de ses décombres, roman venu de l’océan Indien, est en résonance avec la jeunesse des quartiers français et cosmopolites du "neuf-trois": C’était le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Deux adolescents, Bouma et Zied, trouvaient la mort dans un transformateur électrique en tentant d’échapper à la police. Une poursuite fatale à l’origine d’émeutes dans les banlieues françaises pendant plusieurs semaines…

Le passé simple, c’est élégant

Après Les Brumes du passé havanais, évoquées dans le note précédente, Papalagui tombe sur un ami de retour de vacances. Il a passé l’été au calme dans le Berry, dans la nature, au milieu des oiseaux. Il en a profité pour lire ou plutôt relire La Recherche, oui celle de Proust.

Prous_la_recherche "La première fois que je l’ai lu, dit-il, j’étais très jeune, à vingt ans. Je l’ai lu en anglais. Quand j’ai fait mes débuts en français, à l’âge de trente ans, j’ai repris La Recherche en français. Mais je n’ai pas compris grand chose. Alors pendant ces vacances-ci, je ne l’ai pas relu en poche mais dans une collection qui le présente en un seul volume. C’est lourd… 2400 pages, mais on s’installe…

Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi les Français ont abandonné le passé simple. C’est tellement élégant pour exprimer ses émotions, le sentiment que l’on a de ses émotions, comme dans La Recherche. C’est dû à quoi cette disparition du passé simple? Sans doute la normalisation, la moralisation. Je n’aime pas les moralisateurs."

A l’inverse de ce sentiment partagé, de la "disparition du passé simple", des linguistes affirment le contraire ou en nuancent les effets.

Voire la thèse de doctorat de Nadine Lewi Brun, soutenue à la Sorbonne au début de l’été et intitulée: "La narration au passé simple : une évolution linguistique et stylistique".

La doctorante écrit dans son résumé: "On sait depuis longtemps maintenant que le passé simple n’est pas « en voie de disparition » devant le passé composé, comme on le croyait au début du XXe siècle : pour autant on ne peut en conclure que son emploi n’ait pas varié au fil des siècles dans l’usage du français."

Au Québec, la Revue des étudiants en linguistique a étudié la presse: "Le passé simple n’est pas en voie de disparition, mais il serait « en mutation » pour survivre face au passé composé et à d’autres temps verbaux."

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, a été édité en 1999 dans la collection Quarto de Gallimard, en un seul volume.

Flots d’images (et de sons)

Pour se remettre à flot, n’oublions pas Un monde de sons, le blog de Mathilde Serrell et Antoine Blin qui "nous font partager les palpitations sonores de l’époque. Face à l’avalanche d’images, à l’accumulation de signes, laissons de la place aux sons. Ecoutons ce qui ne peut être lu, ce qui ne peut être vu : les atmosphères d’aujourd’hui, l’humanité qui hurle, le temps qui passe…"

C’est plein de bonnes choses pour s’arrêter de voir ou d’écouter n’importe quoi…

Flots d’images (ter)

Dit_violentIl tombe à pic, Dit violent de Mohamed Razane, son premier roman, que Gallimard a publié en début d’été. L’auteur, écrit l’éditeur, a trente-sept ans, "est français d’origine marocaine. Il a été éducateur spécialisé auprès des jeunes en difficulté, animateur de quartier, et vit actuellement en Seine-Saint-Denis."

Voici un extrait, p. 12:

"L’ambiance est bizarre dans ma tête en ce juillet de l’an 2002. Le Pen au deuxième tour des élections présidentielles, les Twin Towers explosées dans un spectacle télévisé en direct live, des images d’hommes égorgés sur la place publique en Afghanistan, des pétasses qui se dandinent comme des asticots en criant qu’elles veulent réussir à Star Academy, des gens qui pleurent parce qu’une tempête a mis à terre leur vie, des gens qui manifestent et qui hurlent dans un dernier râle, tout comme des bêtes qu’on égorge, leur révolte face aux plans sociaux dont ils sont les victimes, des émissions télé où des gens viennent donner leurs misères en spectacle, c’est à se demander comment en arrive à gérer tout ce flot d’images et de misères dans nos têtes, putain quel monde de fous, c’est à prendre sa télé et à l’exploser contre le mur pour oublier tout ce foutu merdier et s’en foutre. Mais le problème c’est qu’en bas de mon bloc c’est pareil qu’à la télé. Putain dans quel monde de ouf je vis ou plutôt je survis!"

Après cet "arrêt sur texte", la lecture continue…

Flots d’images toujours

Après l’image du jour, voici l’image de demain, si l’on en croit Le Journal du Dimanche qui nous apprend dans sa rubrique "Médias" du jour que la radio et la télé lancent de nouvelles émissions où l’on commentera les images…

Sur Canal +, En aparté de Pascale Clark, qui fait sa rentrée demain à 12h40, laissera la place à "trois polémistes (journalistes de tous horizons) [qui] commenteront l’image du jour."

Antilles_fabrice_lundy Demain encore, la radio BFM ("la radio de l’éco"), propose un débat hebdomadaire, le lundi à 19h45, arbitré par Fabrice Lundy Derrière l’image, quels maux entre deux hommes de pub "sur l’image du moment": Philippe Lentschener (Saatchi & Saatchi France) et Franck Tapiro (Hémisphère Droit). (Fabrice Lundy, né en Martinique, est l’auteur d’un guide illustré Antilles, îles créoles, éd. Alain Barthélémy, 1991.)

L’image arrêtée, un concept tendance? Et dans la blogosphère?