Langue, française, langue d’adoption (Véronique Porra)

Langue française, langue d’adoption – Une littérature « invitée » entre création, stratégies et contraintes (1946-2000). Hildesheim, Olms, 2011, 309 p.

Le mot de l’éditeur :

Particulièrement visibles et consacrés dans les années 1990, les romanciers d’expression française issus d’espaces non francophones sont depuis longtemps les bienvenus dans le paysage littéraire français. Ce phénomène ancien acquiert cependant une dimension jusque-là inégalée dans la deuxième moitié du XXe siècle, et vient, pour de nombreux commentateurs, renforcer l’image idéalisée d’une France culturellement dominante et terre d’accueil privilégiée pour toutes ces « diversités », ces « singularités », ces voix par ailleurs opprimées.
Or, une étude systématique de ces textes et de leurs consécrations révèle que l’hospitalité française dont ils bénéficient n’est pas inconditionnelle. Bien plus, cette littérature « invitée » voire « désirée » par le lectorat et les instances de légitimation françaises, doit répondre à toutes sortes d’attentes, thématiques, formelles, voire, le cas échéant, idéologiques.
Cette étude entreprend de démontrer qu’au-delà d’un potentiel créateur indéniable, de nombreux auteurs ayant « adopté » la langue française comme langue de création sont avant tout soumis à de fortes contraintes, auxquelles ils répondent parfois en développant de véritables stratégies de positionnement, au risque, parfois, d’aliéner leur écriture.

Une présentation critique par Jean-Marc Moura, revue Acta Fabula, Juin-Juillet 2011 (Volume 12, numéro 6). Extraits :

« Fréquemment oubliés des ouvrages consacrés tant à la littérature française qu’aux lettres francophones, ces « convertis » à la langue française ont été peu étudiés comme un phénomène littéraire à part entière. Pourtant, des écrivains aussi connus que Samuel Beckett, Emil M. Cioran, Eugène Ionesco, Milan Kundera, François Cheng ou Andréï Makine appartiennent à cet ensemble supranational.

(…)

Leurs œuvres sont marquées par des thématiques comparables : il s’agit souvent de littérature de résistance manifestant le refus de l’oppression, singulièrement politique. Elle montre aussi qu’ils cultivent une esthétique de la mémoire conjuguant une certaine nostalgie du pays d’origine avec l’évocation de la terre d’accueil qu’est la France.

(…)

Les auteurs se trouvant dans une situation d’entre‑deux vont développer une « posture identitaire » insistant sur l’oscillation identité/altérité et conduisant à des poétiques caractéristiques. »

Site de l’éditeur, Georg Olms Verlag

Site de l’auteur, Véronique Porra, professeur à l’université Johannes Gutenberg de Mayence

Sur les enjeux centre/périphérie, lire l’article de Véronique Porra dans l’ouvrage collectif sous la direction de Danielle Dumontet et Frank Zipfel, Ecriture migrante, Migrant writing, Hildesheim, Olms Verlag, collection « Passages/Passagen », 2008.

(contribution issue d’un colloque qui était l’aboutissement d’un projet de recherche concernant l’utilité des concepts de « multi- et tranculturalisme », »interculturalité », « hybridity » et « créolisation » comme nouveaux paradigmes pour une critique des textes de l’écriture migrante de la province de Québec.)

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