Yanvalou pour Yanick Lahens, Prix RFO du livre 2009

Les Germanopratins doivent jalouser les Haïtiens ! Après le Médicis à Dany Laferrière, le Wepler à Lyonel Trouillot, le Prix RFO du livre revient à Yanick Lahens pour un très beau roman, publié lors de la rentrée 2008, en l’absence de plusieurs membres du jury : Edouard Glissant, Daniel Picouly et Gisèle Pineau.

Avec La Couleur de l’aube (éditions Sabine Wespieser), Yanick Lahens est lauréate du Prix RFO du livre 2009, cinquième auteur haïtien à être récompensé d’un prix littéraire par RFO en quinze ans de prix, après Louis-Philippe Dalembert (L’autre face de la mer, 1999), Dany Laferrière (Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit, 2002), Gary Victor (Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin, 2004), et le prix spécial du jury à Lyonel Trouillot (Bicentenaire, 2005).

Revue des blogs et sites :

Après la publication de Dans la maison du père (Le Serpent à plumes, 2001), roman dans lequel une jeune héroïne issue de la grande bourgeoisie haïtienne faisait l’apprentissage de la culture populaire, Yanick Lahens s’engouffre dans les bas quartiers du  » noir-humiliation « . Et, avec La Couleur de l’aube, son deuxième roman, elle pénètre le coeur de cette  » barbarie qui prend le visage de la Loi. « 

Jérôme Goude, Le Matricule des Anges

Yannick Lahens, dans un style magistral de poésie « clairvoyante », un regard désolé-désolant, dresse le portrait sans complaisance d’Haïti, dans ses gestes coutumiers, ses outrances macoutistes, ses espérances tragiquement dérisoires. Les thèmes ne sont pas sans rappeler la prose magnifiquement décapante de Marie Chauvet (Amour, colère et folie) et le ton de William Faulkner (à qui elle a consacré un essai comparatif) d’une part et le théâtre feutré de Jean Luc Lagarce (J’étais dans la ma maison et j’attendais que la pluie vienne) d’autre part. Dieu (ou les loas), s’il a créé ce monde, je lui souhaite d’être torturé par le remords. Excellent. Tout simplement excellent.

(blog Ici Palabre, note de lecture de Monique Dorcy, documentaliste au collège Auguste Dédé.

Ce roman magnifique nous parvient ainsi, et vient déranger l’ordre de nos lectures, manifestant au plus profond le refus de l’horreur, comme notre propre absence à cette histoire. Il dit à la fois le silence et la nécessité de le percer, les hurlements des voix multiples prises dans l’entrecroisement des désespoirs, et la stupeur muette de ceux qui sont démentifiés. En même temps, il ne s’achève pas dans la répétition du désespoir, ni dans la stéréotypie de la représentation : il est d’abord affaire de rigueur dans la composition, comme de maîtrise de la parole littéraire.

(Yves Chemla, Africultures, 25/11/08)

Dans ce roman sensuel et douloureux, Yanick Lahens raconte ce pays misérable peuplé de vaincus qui n’en finissent pas de perdre, tout en laissant transparaître l’amour infini qu’elle lui porte. De son écriture rythmée, légèrement répétitive, se dégage une musicalité envoûtante, litanie tour à tour pleine d’espoir, de colère et de désarroi qui tente de donner, enfin, la parole aux habitants de ce point noir de l’Atlantique qui sombre chaque jour un peu plus dans un oubli planétaire.

François Reynaud, Librairie Lucioles, Vienne

Pour être complet, lire sa notice biobibliographique sur le site Île en île.

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