Kossi Efoui, ses pairs et ses maîtres

A Beyrouth, Kossi Efoui a reçu le prix des Cinq continents de la francophonie, et Zéna Zalzal de L’Orient-Le jour en fait la relation :

Lise Bissonnette, présidente du jury de ce prix – composé de Jean-Marie Gustave Le Clezio, René de Obaldia, Lyonel Trouillot, Vénus Khoury-Ghata, Paula Jacques et Pascale Kramer -, a déclaré que « ce roman a fait largement consensus parmi nous ». Un jury qui, dans une déclaration commune lue par Mme Bissonnette, explique son choix « audacieux » de « ce texte qui remet en cause des évidences en imposant un métissage des genres : fable, théâtre, poésie », par « sa haute qualité littéraire » et par « le regard vif et intelligent que l’auteur pose, dans la perspective des guerres fratricides, sur la cruauté du monde».

Vénus Khoury-Ghata : « Ce livre m’a terriblement touché parce qu’il m’a renvoyé à mon pays, aussi meurtri que le pays dont parle Kossi Efoui. Une fois le livre refermé, on ne sait plus qui est le bourreau, qui est la victime ».
Lyonel Trouillot : « Ce livre sur le retour n’est pas un nombrilisme du voyage personnel, c’est un regard sur le pays laissé et redécouvert. C’est cela qui fait l’originalité de ce livre par rapport à d’autres discours de revenants. Quant à la langue, souvent je dis que l’écrivain est celui qui signe chacune de ses phrases. Et je crois que chacune des phrases de ce livre constitue un véritable travail d’écrivain. Bravo, Kossi».
Jean-Marie Gustave Le Clézio a beaucoup aimé « la puissance de Kossi Efoui dans ce roman, qui a la force d’un roman populaire, et la hauteur et la difficulté d’une sorte de poème ou de message philosophique. Je crois que c’est l’art de cet auteur d’avoir su nous faire partager l’universalité de ce drame qu’est la guerre. Mais c’est surtout la langue de Kossi Efoui que je trouve magnifique. C’est une incantation, qu’on a envie d’entendre. C’est un magnifique exemple de ce que l’on peut faire en mélangeant la puissance orale du théâtre, et la force secrète et mystérieuse de la littérature écrite. »
Pascale Kramer : Solo d’un revenant a été « une découverte, comme on n’en fait pas si souvent en littérature. Dès les premières lignes, les premières pages, on entre dans une langue totalement nouvelle, une écriture singulière qui est d’autant plus remarquable qu’elle arrive à dire l’indicible ».
Paula Jacques a été « éblouie par le regard différent, nouveau, que Kossi Efoui a réussi à poser sur ce thème obsessionnel des guerres fratricides, abondamment traité dans la littérature africaine ».

Merci à mes maîtres à l’école…
Visiblement ému, le lauréat, dont c’est le troisième roman – et qui est aussi l’auteur de plusieurs pièces de théâtre jouées en Afrique et en France, où il vit -, a adressé ses remerciements, certes aux « membres du jury », mais aussi à ses « maîtres à l’école », qui, dit-il, « m’ont fait aimer la philosophie et l’écriture, ceux-là mêmes qui m’ont expliqué que si on n’a qu’un seul livre, il faut le lire 10 fois, vingt fois, cent fois ». « Je suis heureux, a-t-il poursuivi, que ce prix me soit remis à Beyrouth, pour les étonnants croisements entre ce que je dis dans mon livre et ce que je peux entendre ici de ce que les gens me racontent. La littérature est ainsi un espace où l’on peut traduire des émotions qui sont nôtres et qui peuvent être aussi celles des autres. »

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