Vassili Golovanov et Hélène Châtelain dans le même fleuve de mots

D’abord l’extrait :

La Petchora est un fleuve très uniforme : des sapins sur une rive, des sables jaunes et froids, une saulaie impraticable sur l’autre. Pourtant, à un endroit, on découvre soudain un paysage qui coupe le souffle : le fleuve franchit trois « portes », creusées dans trois éperons rocheux de la falaise dont les flancs tombent dans l’eau en pointes acérées. La première « porte », la plus proche, est noire, la seconde bleue, la troisième grise. Et au loin, entre le gris des nuages et le gris de l’eau, il n’y a aucune transition visible. Le fleuve semble se jeter dans le ciel. Ou dans la mer. Il emporte là-bas (dans le ciel ou la mer) ceux qui périssent le long de son cours, de fatigue ou d’imprudence… Hommes venus de peuples différents, tous réduits par le fleuve à la même poussière minérale, devenue la substance des rives qui les relie…

Ensuite l’info :

Cet extrait est copié du site des éditions Verdier, à propos du récit du russe Vassili Golovanov, Éloge des voyages insensés, meilleure œuvre traduite en français, récompensée du prix Laure-Bataillon 2008. La récompense va à l’auteur comme à sa traductrice, Hélène Châtelain, directrice de la collection Slovo.

Le jury du Prix Laure-Bataillon est constitué d’écrivains, de traducteurs et de critiques littéraires : Marianne Alphant, Geneviève Brisac, Pascale Casanova, Patrick Deville, Pierre Lartigue, Gérard Meudal, Jean-Baptiste Para, Marc Petit, Nicasio Perera San Martín, Jean Rolin, Antoine Volodine, Jean-Didier Wagneur.

 » L’île polaire de Kolgouev est le cœur du récit. C’est en lui donnant une dimension imaginaire que Golovanov parvient à décrire avec le plus de fidélité cet espace géographique et mental. « , explique l’éditeur.

Enfin, une lecture :

Cet extrait d’un livre que l’on a pas encore lu, donne une belle puissance d’évocation au récit. Le lecteur voit la Petchora comme s’il y était plongé insidieusement. Il voit le fleuve autant qu’il l’entend. La description est en apparence visuelle. Elle résonne au fond de sombres pressentiments. Elle constitue le paysage comme personnage, que la dernière phrase précipite en un fleuve humain,  » très uniforme « , semble-t-il dans un premier temps, fantastique en fin de paragraphe. Serait-ce là le style qui emporte l’adhésion du lecteur, embarqué dans la promesse d’un fleuve de mots ?

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