Algérie : 5 octobre 1988 (20 ans)

Abed Charef : Le «chahut de gamins» d’Octobre 1988 a définitivement transformé l’Algérie. Bilan de deux décennies de tâtonnements.

Octobre n’a pas tenu ses promesses. Malgré la facture très élevée payée par l’Algérie en vies humaines et en traumatismes, l’après-Octobre 88 n’a pas seulement déçu, mais il a donné lieu à un immense gâchis, d’autant plus dur à admettre, que les premiers moments qui ont suivi ces événements avaient laissé entrevoir un formidable espoir de libération de la société.

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    LA REVOLTE DES OMBRES

    Quand le soleil amnésique
    Oublie de se lever
    Et de briller sur ma cité dortoir.

    Quand le printemps de ma vie
    Perd son équinoxe
    Et rate sa floraison.

    Quand l’horizon recule
    S’éloigne
    Et fuit de ma vision binoculaire.

    Quand l’espoir moribond
    Est achevé‚
    Des mains indéfinies et familières.

    Quand le cadavre de mon avenir
    Gît, sous les décombres
    de mes rêves écroulés.

    Quand le présent décomposé
    M’annonce
    Que l’imparfait sera mon futur.

    Quand la vermine insatiable
    Se reproduit et s’épanouit
    Sur ma misère planifiée.

    Quand l’impitoyable opulence
    Agresse et violente
    Ma dignité et ma nudité.

    Quand les ombres verticales et immobiles
    Epousent
    Les murs des villes et villages.

    Quand l’injustice hideuse
    Etouffe
    Et écrase au nom de la loi.

    Quand le trop plein de mes frustrations
    Et de mes désirs refoulés
    Débordent de mon inconscient.
    Alors . . .
    Alors, je me révolte.
    Alors je renonce … à la malvie
    Je secoue les ombres

    Qui s’animent, s’agitent
    Divorcent avec les murs et
    Déferlent sur la rue.

    Je crie, je hurle et je scande
    Je me libère, j’explose
    Et je m’exprime… enfin.

    Par le verbe, par la plume
    Par le feu, par la haine, par le sang
    Par la mort séduisante

    Qui me drague et qui m’ouvre
    Ses bras
    Pour un flirt avorté ou… éternel –

    Alors de mes mains justes
    Et fécondes
    J’abats l’injustice, cette bête immonde.

    J’ébauche un soleil radieux
    Fidèle et plus juste.

    Je trace un horizon
    A portée de main.

    Et je dessine les contours
    D’un avenir.

    Qui ne me sera jamais plus
    Confisqué.

    Car il m’appartient
    Car je suis la JEUNESSE !

    Merzak OUABED
    En mémoire du 5 Octobre 1988

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