Ne pas oublier Gailly au style fait de menus fracas

Les oubliés Si les 140 pages du roman de Christian Gailly, Les Oubliés, publié par les éditions de Minuit se lisent comme une trajectoire automobile autoroutière, c’est que l’histoire est simple (deux journalistes en quête d’un entretien pour leur rubrique « Que sont-ils devenus? » sont accidentés, l’un meurt, l’autre découvre l’amour). C’est que l’histoire est simple et que le style est fait de phrases très courtes, certaines pas finies, d’autres suspendues, d’autres encore à l’ordre retourné. Retourné en chronologie ou en syntaxe. Comme un menu fracas.

Incipit: « Il se trouve simplement que l’un des deux occupants de la voiture s’appelait Paul Schooner. Il est mort. Pas dans l’accident. On vient de le voir. Peu de temps après. Des suites de l’accident. L’autre occupant c’était Albert Brighton. » 

Exemple de ce paragraphe page 114 : « Elle marchait beaucoup trop vite. C’était semble-t-il, son rythme naturel. Brighton s’en rendit compte très tôt. Il vait du mal à suivre. Moss ne cherchait pas à le distancer. Ça n’était pas pour le faire enrager. Cependant elle le distançait. Ce qui fait que. Ce qui faisait. »

Ce qui fait des Oubliés un bon roman qui tient en haleine son lecteur par ce futile alignement -quelquefois fracassé par un accident, un ascenseur en panne, une chute- de sentiments, d’émotions et de faits plus ou moins divers qui constituent une vie ordinaire, dont on sort, un jour, oublié. 

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