Ananda Devi coup sur coup

Mauritius_par_paulo_santos Ananda Devi, prix RFO du livre 2006 pour Eve de ses décombres (Gallimard). Le 6 septembre dernier déjà, lors de l’annonce de son prix des Cinq continents de la francophonie, Papalagui s’était laissé aller à un billet d’admiration.

Mais là c’est très fort. Comme Alain Manackou en 2005, l’écrivaine née à Trois-Boutiques (île Maurice) remporte les deux prix la même année.

(photo Paulo Santo) Pourtant les deux créateurs n’ont pas le même registre. L’un manie volontiers l’ironie et la fable ou la parabole, l’autre creuse toujours plus le même sillon introspectif, la même lancinante question sur l’âme des marginaux, singulièrement des femmes, prisonnières d’une société hostile, comme de leur propre condition.

Pour Ananda Devi ces deux prix viennent à point. Son Eve… est sans doute son livre le plus abouti. Il est plus ouvert à des lecteurs, naguère rebutés par la violence mortifère de ces héroïnes. Ainsi dans Moi l’interdite, publié par Dapper en 2000. Son Eve… porte aussi haut la nécessité littéraire. Sans cette écriture poétique, le lecteur serait vite repoussé par les destins tragiques et sans espoir de ces ados de 17 ans. Chez Ananda Devi, le style assure le dialogue de personnages en survie et l’irrépressible goût de lecture.

Lecteurs captifs, libérez-vous! Libérez-vous des tours-operators qui vous proposent des voyages à prix d’or à Maurice. Là où Baudelaire, ne voyait que "luxe, calme et volupté", Ananda Devi et ses compatriotes nous plongent dans des réalités beaucoup plus dérangeantes et beaucoup plus humaines (Nathacha Appanah, Carl de Souza, Bertrand de Robillard, Vinod Rughoonundun, Shenaz Patel, Khal Torabully, etc.).

Ça vaut bien des voyages de bien des voyagistes…

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