"Elle est blanche et juive. Il est noir et musulman."
Ce pourrait être une bluette politiquement correcte à l’heure du métissage bon teint… Un roman en noir et blanc, un point c’est tout.
Or, le roman de Catherine Dana, que publie Fayard, est mieux que cela. Narrateurs à tour de rôle, Gabrielle et Sékou savent nous tirer hors de la logique sentimentaliste du roman-photo. Ils nous entraînent dans la spirale d’un amour fou, que seules les traditions familiales sauront arrêter net.
L’intrigue va vite s’effacer dans le clair/obscur des dialogues par journaux interposés, appels téléphoniques, familles juive et musulmane. Comme si le long tête-à-tête initial (Sékou et Gabrielle dans leur première suée de sel -expression extraite d’un très beau poème de Glissant-), comme si ce corps-à-corps sans fin ne pouvait rien contre la sécheresse d’une lettre parentale envoyée d’Afrique.
Dans son écriture très travaillée, Catherine Dana sait utliser le futur pour mieux précipiter le lecteur dans l’impossible futur des deux héros… Première génération? voudrait suggérer le titre… Rien n’est moins sûr. Là, pour le coup, on se demande si le titre ne nous a pas entraîné sur une piste pour mieux nous perdre.
On est bien loin de Roméo et Juliette. Chez Dana, les familles ne se connaissent pas. Aucune mort annoncée fors l’amour. Plutôt dans le triste appareillage des temps modernes. Une espèce de "familles, je vous hais" à l’échelle des temps modernes, Nord/Sud.
Incipit: "12 mai (18 heures). Je n’aimerai qu’une femme dans ma vie. Le problème c’est que, chez nous, l’amour, ça n’a pas de sens."
