Schwarz-Bart avec un trait d’union

Dans l’arrière-été d’un soir de France-Italie, à Paris-La Villette, là où ça jazze pas mal, un concert unique de Jacques Schwarz-Bart, alias "Brother Jacques" (il vit à New-York).

Saxophoniste, compositeur, arrangeur, bref musicien, "très technique" estiment les spécialistes, trop prudent, appliqué, un rien contraint dans ce souci de bien faire, jugent les experts. Une presse dithyrambique (Figaro, Monde, Libé, Télérama).

Brother Jacques est né il y a 44 ans aux Abymes en Guadeloupe, de André Schwartz-Bart, d’origine juive polonaise, ajusteur de métier, résistant, lauréat du prix Goncourt en 1959 pour Le Dernier des Justes (voir l’INA et l’entretien avec Pierre Dumayet en 1959) et de Simone Schwarz-Bart, auteur de Pluie et vent sur Thélumée-Miracle et de la très belle pièce de théâtre, Mon beau capitaine, interprétée récemment et magnifiquement par Rudy Sylaire.

Brother Jacques est un train d’union entre les deux Amériques, caribéenne et états-unienne.

Un train d’union entre le gwo ka, musique traditionnelle de percussion guadeloupéenne, et le jazz qu’il a appris à New-York. Gwo ka, créolisation de "gros quart", barrique pour transporter les salaisons depuis la métropole, et à partir desquelles les percussions étaient façonnées.

Un train d’union entre les cultures, juive et nègre, comme le roman écrit par ses parents en 1967, Un plat de porc aux bananes vertes.

Pour Jacques Schwarz-Bart "le thème commun entre l’histoire juive et l’histoire noire contemporaine, c’est l’esclavage. Le peuple hébreu se définissait comme un peuple sorti de l’esclavage en Egypte pour adpater une foi monothéiste. L’esclavage est de toute évidence au centre de l’identité créole d’aujourd’hui. Il y a un passé, une aspiration à la liberté, une volonté de casser toutes les chaînes."

Schwarz-Bart s’écrit avec un trait d’union

Il se revendique de Sonny Rollins (76 ans le jour même du concertde Brother Jacques) et, côté écrit, de Carlos Castaneda, auteur de L’herbe du diable et la petite fumée, Une voie yaqui de la connaissance (Christian Bourgois, 10/18), livre-culte de la culture underground californienne des années 70, témoin de la fascination pour les vieilles sociétés indiennes. 

Trait d’union, vous dis-je.

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