Flots d’images et flots de mots

Papalagi vit dans des flots d’images: avec une moyenne de 3h30 devant sa télé (moyenne nationale) et une baisse régulière de la lecture des journaux (30′ par jour), son médecin lui a prescrit un arrêt sur image. "C’est vital, lui a dit l’homme de l’art, que les images, photos ou dessins de presse, vous les regardiez en les fixant."

Comme cette photo signée Camille Fuzier (expo au Festival de Biarritz, Cinema et Cultures d’Amérique Latine à partir du 26 septembre): village de Tortel dans la Patagonie chilienne…Tortel_chili_photo_de_camille_fuzier Ou la démarche citoyenne de l’émission Arrêt sur images dont un rumeur anté-estivale voulait qu’elle s’arrêtât. Ce qui s’est révélé heureusement faux comme on peut en voir les circonstances relatées sur le site de John-Paul Lepers avec un vidéo de 9′.

Autre exemple de décrassage oculaire: la rubrique "Regarder voir" de Libération qui décortique une photo déjà publiée dans les pages d’actualité.

Une autre démarche encore -équivalente à une cure ophtalmique- nous permet d’éviter la noyade dans les flots d’images. A défaut d’y trouver un sens à tout coup, les festivals de photographies constituent l’occasion trop rare de stopper les images fuyantes.

Ainsi les rencontres photographiques, terme souvent choisi à la place de "festival", comme celles d’Arles en juillet ou Visa pour l’image qui vient de commencer ce week-end à Perpignan (jusqu’au 17 septembre).

Moins couru, L’Eté photographique de Lectoure dans le Gers, qui s’est terminé le 27 août. François Saint Pierre a programmé un très bel ensemble de lieux et de démarches de photographes. A coup sûr, les flots d’images sont traités par les photographes et ces traitements méritent un arrêt…

Aline_bouvy Aline Bouvy et John Gillis ont mixé 200 collages pour une animation où la guitare devient un objet érotique;

Renato Bezerra de Mello, quant à lui, proposait au visiteur un carnet de voyage composé de centaines de petites photos dont le visiteur était invité à en choisir une, la décoller et à repartir avec. Belle générosité pour un artiste à l’oeuvre forcément éclatée et centrifuge: "Je suis intéressé par l’effacement", précisa-t-il à Papagali; Renato_1

l’un des exemples les plus stimulants est celui de Charles Pennequin, poète et dessinateur dont les performances, les dessins, les vidéos, les lectures ont quelque chose de très contemporain car absurde et généreux (décidément).

Charles Pennequin compte "revenir au lieu par l’écrit, revenir au lieu par la bande. On étouffe, on est empêché, mais on peut en faire quelque chose, faire des trous là-dedans. Il y a une urgence à travailler", expliqua-t-il devant un public subjugué, réuni dans le préau de l’école Jean-François Bladé, rue des Frères Danzas, à Lectoure.

Charles_pennequin Dans "Mon binôme", édité par P.O.L., Charles Pennequin nous met face à un autre risque de noyade par le flot des mots ou par leur manque répété: "Je parle de toi mon amour. Je parle de ton amour. Ou bien c’est de moi. C’est mon amour à moi dont il est question. Je me pose des questions sur notre amour à moi. Car y’a plus que moi dans cette affaire. Et je peux pas tout faire. Je peux pas faire l’amour avec moi tout seul. Et je peux pas parler tout seul non plus. Faut qu’on soit deux. Qu’on soit au grand complet pour se parler. Pour tout sortir. Faire le grand tri entre nos phrases. Pour dégager le terrain. Faut qu’on soit là pour faire table rase. Et pour qu’on soit plus qu’un. Faut qu’on discute un brin. Sinon ça sert à quoi de s’entêter. De tant vouloir être des hommes. Si déjà l’amour c’est pas humain."

Pennequin_01Ultime solution (très temporaire) pour lutter contre le flot d’images: le flot des mots de Charles Pennequin, à voir dans un enregistrement lecture de 5′ de Bibi sur le site de son éditeur, où il apparaît "absolument vivant (c’est à-dire dans la merde)".

Voir le blog de Charles Pennequin.

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